En cet âge d’or de la promotion des droits de l’homme et de la protection de la nature, il se trouve encore nombreux chez nous, des gens qui rament à contre-courant. Le meurtre, il y a deux semaines, par des braconniers de deux éco gardes suivi du massacre d’une quinzaine d’éléphants dans le parc de Bouba Ndjida, d’une part et le film d’une scène de mise à mort diffusée avant-hier sur Canal 2, d’autre part, peuvent encore en attester.
La trame de la tragédie se dessine malheureusement ici et là sur le mépris de la vie, donc la banalisation de la mort, dans ce qui a tout l’air de l’ascension d’un individualisme triomphant.
Dans les parcs de Waza, de la Benoué, Kala-Maloué, Bouba Ndjida et autres espaces protégés du Cameroun, des braconniers équipés d’armes de guerre écument les savanes en hordes aussi dangereuses pour l’homme que pour l’animal. Au point que les éco-gardes se trouvent impuissants et ne peuvent avoir recours, le cas échéant, qu’aux forces de l’ordre, notamment les éléments du Bataillon d’intervention rapide (Bir). Dans la mesure où les chasseurs d’ivoire qui, sans distinction, s’en prennent lâchement aux éléphants, à d’autres animaux, voire à l’homme et n’hésitent pas à ouvrir le feu face à tout ce qui pourrait s’apparenter à un acte de résistance de la part de ces hommes en vert. Lesquels autant que faire se peut, en apportent à l’humanité par leur bataille pour la sauvegarde d’espèces protégées.
A Douala avant-hier, c’est une scène de lynchage d’une rare violence qu’un cameraman de Canal 2 a filmée de bout en bout et que cette chaîne télévision a servie toute crue à ses téléspectateurs. Un court métrage d’une horreur difficile à imaginer par un réalisateur de fictions de cette nature. Comme dans un sacrifice humain rituel, un attroupement s’est formé autour d’un jeune homme. On l’arrose d’essence, une allumette craque et enflamme ce corps que ses bourreaux ont pris le soin de dénuder. Mu par l’instinct de conservation, l’infortuné se roule par terre pour éteindre le feu. En vain ! La torche humaine détale et se réfugie dans un lieu de culte. Le caractère sacré de cet abri n’arrête pas ses tourmenteurs. Ceux-ci l’extirpent de la chapelle et mettent de nouveau le feu à ce corps qui, dans d’atroces souffrances, finit par rendre l’âme. Fin.
On se posera toutes les questions que l’on voudra sur le rôle qu’aura joué la camera dans cette mise en scène et sur cette manière d’exercer par rapport à la déontologie de la profession de journaliste. Sans que cette interrogation occulte le recours à la vindicte populaire que d’aucuns tentent d’expliquer par les défaillances du système judiciaire. Sans que l’on trouve la moindre excuse à des voleurs ou des braqueurs, il serait indiqué pour les partisans de cette justice populaire de se poser la question : « et si la victime était innocente ? »

